Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Vu à La Rochelle (9)

Deux films français et un colombien pour cette avant-dernière journée au bilan fort mitigé même si le sud-américain a de grandes qualités.

 

 

Vif-argent de Stéphane Batut, sortie le 28 août

 

 

Tiens, une tentative française de réalisme magique au cinéma, c'est assez rare pour s'y arrêter. Hélas, la démonstration de Vif-argent, malgré des efforts méritoires, n'est pas spécialement convaincante. Faire un film poétique ne se décrète pas et on a beau y mettre beaucoup d'ingrédients, ce n'est pas gagné d'avance. En toute honnêteté, l'impression laissée par un film tel que Vif-argent dépend beaucoup de son humeur du moment et de sa réceptivité, une fois les lumières de la salle éteinte. Dans ce récit où morts et vivants se côtoient, en ayant d'ailleurs du mal à détecter qui est vraiment qui, on se sent un peu extérieur à un monde aussi mouvant et ce dès les première images du film. Le sentiment de déboussolement, voire de vague ennui, est renforcé par l'interprétation sans grand charisme de Thimothée Robart et celle, très décevante, d'une Judith Chemla à mille lieues d'Une vie, par exemple. Cette histoire d'errance et de revenant est à la croisée des chemins entre réalité et onirisme ou, autrement dit, le séant entre deux chaises, ce qui est loin d'être la position la plus confortable et satisfaisante.

 

Une fille facile, Rebecca Zlotowski, Sortie le 28 août

 

 

Rebecca Zlotowski qualifie Une fille facile de "conte amoral" et le défend en invoquant la liberté des corps et la sensualité. C'est à peu de choses près le même discours que tenait Roger Vadim, il y a 60 ans, et ce n'est sans doute pas un hasard si la trop célèbre Zahia évoque la BB de l'époque. Facile à réduire à ses courbes mais moins bête qu'il n'y parait, les machos devront en convenir. Zahia s'en sort d'ailleurs avec les honneurs, la réalisatrice ne lui ayant donné que peu de dialogues et lorsque le cas se présente, elle parvient même à se montrer convaincante en évoquant Marguerite Duras (sic). Mais bon, en vérité, Une fille facile manque terriblement de substance, passant d'une plage à un yacht puis à une villa luxueuse sans que l'on s'intéresse plus avant aux très superficielles péripéties du scénario. Le film se veut aussi une sorte de récit d'apprentissage pour la jeune adolescente cannoise, cousine du personnage interprété par Zahia, mais elle n'est guère valorisée et reste dans l'ombre de sa solaire et charnelle aînée. Avec un rôle pourtant secondaire, c'est finalement l'excellent Benoît Magimel qui s'en tire le plus à son avantage. Son air méditatif donne l'impression que lui aussi a des doutes sur les qualités d'Une fille facile. Peut-être espérait-on trop de Rebecca Zlotowski au vu de Grand Central, notamment ? Peut-être en définitive y a t-elle atteint ses limites mais cela reste encore à prouver.

 

Monos, Alejandro Landes, sortie le 4 mars 2020

 

 

Deuxième long-métrage de fiction du colombiano-équatorien Alejandro Landes, Monos fait inévitablement penser à Sa majesté des mouches avec ses adolescents guérilleros en fuite dans la jungle, accompagnés d'une otage américaine. La narration linéaire et traditionnelle intéresse peu le réalisateur qui préfère nous immerger dans un univers militaire et néanmoins ludique, par certains côtés, et surtout le plus souvent halluciné. Monos possède des moments de grande fulgurance et même de beauté barbare, contrebalancés par des séquences outrées où le but semble être d'abord de nous en mettre plein la vue et les oreilles (l'accompagnement sonore est phénoménal). Le scénario en lui-même obéit à une progression dramatique vue des dizaine de fois dans ce type de films (l'isolement du groupe, les luttes pour le pouvoir, la menace ennemie, l'évasion de l'otage, etc) mais Monos parvient à nous étonner par sa dinguerie, sa violence et des instants plus tendres, sans oublier à l'occasion l'usage d'un humour parfaitement dévastateur. On pressent que le tournage a dû être épique avec ces jeunes interprètes totalement investis dans une aventure hors normes. A part cela, le film souffre du même mal que 90% des longs-métrages actuels, à savoir son incapacité à conclure, avec une fin qui n'est pas ouverte mais béante, laissant en plan la majorité de ses protagonistes. Une preuve supplémentaire que Monos est moins un récit qu'une expérience incantatoire et sensorielle dans la jungle, cette terrible jungle !

 



07/07/2019
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